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Le Pakistan

C’est le pays aux milliers de sommets : 5 sommets de 8000 mètres, des centaines de plus de 7000, des milliers de plus de 6000, des vallées où la complexité géographique rend les accès souvent difficiles et aléatoires.

En 1997, devant les immensités des faces du Kanjut Sar et du Yutmaru Sar, j’ai pris conscience du fantastique terrain d’exploration que nous offre ce pays.

 

Pakistan

1 Les grand massifs et leurs accès :

Le Karakorum :

-          Baltoro Mustagh, : c’est la région des 8000 m (K2, Broad Peak, Gasherbrum I et II), mais aussi des Tours de Trango, du Masherbrun pour les plus connus... et du  K6 (7282 m),K7 (6934 m), Mitre Peak (6010 m) Trinity Peak (6614 m) pour les moins connus. La région la plus fréquentée de part la renommée des sommets et des treks. Accès en bus ou en avion jusqu’à Skardu puis en jeep jusqu’un peu avant Askole ou dans la vallée d’Hushe. Entre 6 et 10 jours de marche d’approche.

-          Glacier du Biafo : les Latoks I, II, III, le Baintha Brakk (« l’ogre ») et tous les piliers de granit rouge vierge bordant les glaciers comme celui du Uzum Brakk. Quelques sommets aussi à skier entre 5500 et 6200 m. Même accès jusqu’à Askole que pour le Baltoro. Entre 3 et 8 jours de marche d’approche.

-          Glacier d’Hispar : par ce glacier on accède au nombreux sommets difficiles de plus de 7000 m comme le Distaghil Shar (7885m), le Kunyang Chhish (7852 m), le Trivor…Accès depuis la KKH (Karakorum High Way). Une très belle traversée en autonomie complète en ski de randonnée hivernale est possible entre les glaciers du Biafo et d’Hispar.

-          Le pays Hunza : Très facile d’accès et d’organisation : Rakaposhi, Spantik, Ultar, Babuli Peak,, et des milliers d’autres sommets situés à quelques heures ou journées de marche de la KKH. Un potentiel énorme de premières sur des faces ou piliers vierges difficiles. Entre 2 heures et 2 à 3 jours de marche d’approche.

-          Shimshall : situé à la frontière avec la province du Xinxiang en Chine, cette vallée est bordée d’un coté par les plus grandes et difficiles faces de l’Himalaya (Kanjut Shar (7760m), Distaghil Shar (7885m), Yumaru Shar (7330m), Trivor (7728m), Yuksin Gardan Shar (7530m)), qui n’ont pas bénéficié du label dernier problème Himalayen et pourtant bon nombre d’expés se sont cassées les dents sur ces faces souvent encore vierges. De l’autre coté cette vallée est bordée par des sommets à reliefs plus doux aux altitudes ne dépassant pas les 6500 m. Bref une région où la moisson d’exploration comme de premières reste à faire sur d’immenses faces comme sur de plus petits sommets. Accès depuis Passu sur la KKH. Entre 3 et 8 jours de marche d’approche.

-          Batura et du nord pays Hunza : situé à la frontière avec la province du Xinxiang en Chine mais rive droite de la rivière Hunza, ce massif fait la jonction entre le Karakorum et l’Indu Raj. Les premiers sommets comme le Passu Peak (7284m), sont assez proches en distance de la KKH. En revanche dès que l’on s’enfonce plus sur le glacier du Batura (50 km de long) on découvre la Kampire Dior (7143m) juste avant le glacier du Karambar. En remontant sur le nord on peut faire la jonction avec le glacier du Yashuk Yaz et de ces montagnes et piliers environnants.

L’Indu Raj : situé entre la chaîne du Karakorum et celle de l'Hindu Kuch, c'est un magnifique massif aux nombreux sommets de plus 6000 non encore gravis. Ses glaciers se déroulent comme des langues de pierre sur plusieurs dizaines de kilomètres. L’accès peut y être rapide comme très long. Les montées et descentes de moraines peuvent paraître parfois interminables. Entre 2 et 10/12 jours de marche d’approche. 

Le Nord du Penjab : en remontant la vallée de l’Indus, à quelques heures de marche de la KKH, on trouve le massif du Nanga Parbat (8125 m), avec le Mazeno Peak (7100 m) et ses nombreux piliers rouges de granit, le Rakhiot Peak (7074 m). Facile d’accès et une logistique simple pour accéder au pied des faces.

L’Hindu Kush situé au Nord et à l’Est de Chitral :

Puissante chaîne de montagnes de 600 km de longueur à cheval entre le Pakistan et l’Afghanistan. Le réservoir d’eau des profondes et arides vallées de l’Afghanistan. L’accès y est long et pénible depuis Peshawar. Le Tirich Mir (7690m), point culminant, gravi pour la première fois par des Norvégiens en 1950 représente un très bel objectif. De nombreux sommets avoisinants de moindre altitude comme l’Irg Zom (6875 m) sont fabuleux. Un potentiel de premières et d’exploration impressionnant.

2 Une moisson de premières à faire :

Ce n’est pas un pays où les sommets sont faciles. A part quelques rares exceptions, les sommets présentent tous des faces impressionnantes de complexité. Voici quelques exemples de sommets connus ou non et leurs faces restant encore à explorer (cette liste est loin d’être exhaustive !!!) :

Des tours de rochers : tous les piliers bordant le glacier Uzum Brakk (entre 5000 et 6500 m), les piliers ouest de l’Hachindar Kish (6800 m)...

Des grandes faces mixtes : face nord ouest du Baintha Brakk (7285 m - depuis le Snow Lake), la face nord du Yukshin Gardan Shar (7530 m), La face nord ouest du Kanjut (7760 m), la superbe face sud du Pumari Chhish (7350 m), la face nord du Trivor (7728 m), la face nord de l’Istor-o-Nal est (7276 m)…

Des 6000 techniques : Shimshall White Horn (6300 m), face sud est du Buni Zom (6550 m – dans l’Indu Kouch), les goulottes de la face nord est du Marble Peak (6250 m - à coté de Concardia), Lukpe Brakk ( 6028 m - à coté du Baintha Brakk)…

Des 6000 plus abordables : Virjerab Peak 2 et 3 (6650 m - à l’est de Shimshall), la face nord du Gama Skha Lumbu (6282 m - au dessus du glacier du Biafo)…

3 L’organisation

            3.1 Formalités et autorisation

Passeport valide 6 mois après la date de retour. Visa obligatoire. Il ne peut pas être délivré à l'arrivée dans le pays. Au-delà d'un mois, il est nécessaire d'obtenir auprès des services de police, un «resident permit» et, à chaque sortie, un «exit permit».
Les autorisations peuvent être obtenues auprès du ministère ou de l'ambassade du Pakistan en France. Il faut prévoir l'ascension plus d'un an à l'avance et régler les droits d'accès. Une lettre d’agrément de la FFME ou du CAF est demandée.
Site web du ministère du tourisme :
http://www.tourism.gov.pk/

Royalties (en $, 2002)

 

taxe pour un groupe de 7

taxe par personne en plus

K2 8611m

$12,000

$3,000

8001-8500m

$9,500

$3000

7501-8000m

$4,000

$1000

7001-7500m

$2,500

$500

6000-7000m

$1,500

$300

Il n'y a pas de nombre maximum de participants.
Les sommets de moins de 6000 m sont libres d'accès et de droit à moins qu'ils ne soient près de la frontière indienne où un permis de trekking et un officier liaison sont nécessaires.
Les 50% de réduction sur les autorisations accordés en 2002 du fait de l’année internationale de la montagne seront reconduis en 2003.
Comme pour toute expé il est important de faire tous les efforts possibles pour ne pas polluer (y compris de la part des porteurs). Une caution de 1000 $ est demandée, puis restituée sur l’accord de l’OL si les déchets ont été redescendus. Certains OL sont cependant peu scrupuleux et prêts à enterrer verre, plastique, aluminium pourvu que cela ne se voit pas.

Les secours : afin que l’hélico puisse décoller en cas de problème grave, il est nécessaire de déposer la somme de 6000 $ auprès de la compagnie Askari Aviation. Contrairement au Népal, il est rare que les agences fournissent ce service. La FFME propose une caution bancaire à l’ambassade de France à Islamabad à condition d’avoir souscrit une assurance en France sur cette somme.


            3.2 l’Officier de Liaison (OL)

Comme au Népal chaque expédition a un officier de liaison. Son rôle officiel est de faciliter les démarches, les relations avec les locaux. Mais il est surtout là pour contrôler que l’expédition grimpe le sommet autorisé par la voie demandée. Suivant les textes il peut demander à grimper avec l’expé dans les camps d’altitude (rare). En théorie vous devrez lui fournir le même équipement que vous de la tête aux pieds.

De bonnes relations entre le chef d'expé et l’OL peuvent éviter beaucoup de galères (négociation avec les porteurs, les transports…).

            3.3 La logistique

Vous trouverez une liste d’agences sur le site du ministère du tourisme : http://www.tourism.gov.pk

Elles peuvent vous fournir les mêmes prestations qu’au Népal : 
-          programme détaillé de la marche d’approche,
-          organisation des transferts aéroport – hôtel à Islamabad ainsi que de tous les déplacements dans le pays (avion, bus),
-          réservation des hôtels,
-          aide aux démarches administratives,
-          logistique pendant la marche d’approche (porteurs et leur équipement, nourriture, tentes…),
-          sherpas d’altitude et leur équipement,
-          assurance de tous les porteurs et de l’OL.
Contrairement à d’autres pays il est tout à fait possible d’organiser une bonne partie de la logistique par soi même. Le coût en est diminué.
Cette option est possible pour une expé très légère ne nécessitant pas beaucoup de porteurs, ni une marche d’approche trop longue (moins d’une semaine).

La législation pakistanaise impose ceci :
-          Pour un porteur engagé pour moins d’une semaine : 50 % du salaire le jour de l’embauche, le reste en arrivant au Camp de Base (CB),
-          Pour un porteur engagé pour plus d’une semaine : 50 % du salaire le jour de l’embauche pour une semaine. L'autre moitié payée à la fin de la 1ère semaine. Les payes suivantes seront effectuées hebdomadairement. Un porteur qui marche avec une expédition pendant plus de 7 jours aura droit, tous les 7 jours, à un jour de repos payé.

En résumé : sur des treks ou approches longs avec passage de cols neigeux il est préférable d’avoir un bon encadrement pour gérer parfois plus d’une centaine d’hommes et de charges.

3.4 les difficultés d’organisation liées au pays

-          Gérer soi même l’embauche et la paye des porteurs est possible mais nécessite une bonne dose de patience et de connaissance des droits et devoirs des porteurs. Se référer au site du ministère du tourisme.

-          Il est difficile de trouver du matériel de montagne à Islamabad.

-          Les relations amicales et de confiance sont souvent plus longues et difficiles à établir qu’au Népal. En revanche elles sont durables.

-          Il est difficile de trouver de la nourriture variée et de type occidentale pour le camp de base.

-          Les routes sont souvent bloquées par des intempéries. Ne pas le prendre en compte c’est risquer de ne pas avoir assez de jours pour tenter le sommet ou de rater son vol international au retour.

-          Le accès sur les glaciers comme au pied des faces peuvent prendre du temps comme être difficiles voir impossibles. Pour un sommet d’exploration prévoir du temps.

3.5 histoire vécue

Baintha-Brakk 1995 : Arrivés à Skardu nous embauchons 65 porteurs. Ali le chef des porteurs connaissant bien le camp de base (il faisait partie de l’expé Scott-Bonnington de 1977) nous recommande d’acheter un fusil , contre les ours. Nous achetons un vieux tromblon se chargeant par le canon, des balles faites à la main et de la poudre. Le lendemain la crainte des ours se communique au cuisinier et à OL : ils veulent un chien et des boites de conserve vides afin de ceinturer le CB d’un fil sonore.

Plus tard, en traversant le village d’Askole un porteur nous rappelle que traditionnellement, l’expé achète une chèvre à sacrifier pour conjurer le sort en cas de mauvais temps. Une petite chèvre rejoint notre ménagerie. Nous ne sommes que 2 grimpeurs et nos finances fondent à vue d’œil.
2 jours plus tard, en plein milieu du glacier du Biafo, tous les porteurs posent leurs charges. Ali nous informe qu ‘ils ne continuerons qu’avec doublement des salaires. Je refuse et me mets dans une colère noire. Pas de problème  : ils savent que nous n ‘avons pas le choix. Nous payons.
Le lendemain, un porteur nain n’arrive pas à porter sa charge : nous le délestons d’une partie. Le reste des porteurs de son village nous demande de ne le payer que sur la base du poids qu’il a porté.
Arrivés au CB nous décidons de payer individuellement chaque porteur afin que ce porteur nain touche le même salaire que les autres. Le chien attaché à l’extérieur de la tente s’enfuie à Askole. Le fusil s’enraye au bout d’une journée, et pour le comble le cuisinier quitte le CB au bout de 3 jours avec l’OL pour cause de rage de dents. Nous resterons finalement que tous les deux.

4 Bibliographies

-          The Karakorum, Monutains of Pakistan, Shiro Shirahata édition Ferezsons (pvt.)ltd. Un livre de photo référence pour trouver des photos d’une face.
  


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