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La Russie

La Russie et plus généralement les anciens pays de l’ex URSS (Kirghizstan, Kazakhstan, Tadjikistan) constituent la partie Nord-ouest de l’immense chaîne himalayenne. Avec de nombreux sommets culminant à plus de 7000 mètres et des faces rocheuses exceptionnelles, ces montagnes de l’Asie septentrionale n’ont pourtant jamais attiré autant d’alpinistes occidentaux que d’autres parties du globe…

 

Pamir

Les différents massifs

Les pays de l’Ex URSS regroupent de nombreux massifs sur leur frontière sud : quasiment onze fuseaux horaires ! Dans cette rubrique, nous nous contentons de citer les plus importants.

Sur un plan géographique, on trouve d’Ouest en Est les massifs du Caucase (Elbrous, 5642 m), du Pamir (Pic du Communisme, 7495 m et point culminant de l’ex URSS), celui du Tian-Shan (Pic Pobieda ou Pic de la Victoire, 7439 m), de l’Altaï (Bieloukha, littéralement Mont Blanc, 4506m) et les volcans de la péninsule du Kamtchatka. Ce dernier massif ne fera pas l’objet d’une description détaillée dans cette rubrique mais sera traité dans un numéro concernant les grandes traversées glaciaires.

Le Pamir

Le Pamir est un grand massif situé entre Tadjikistan et Kirghizistan, au Nord-Ouest du Karakorum. Outre sur ses principaux sommets, ce massif n’a pas encore fait l’objet de nombreuses expéditions des alpinistes occidentaux.

Des dizaines de milliers de kilomètres carrés de sommets effilés, de tours enneigées, de rivières gelées striées par des crevasses, de glaciers suspendus. Bien que les montagnes les plus hautes du monde se trouvent en Himalaya, le Pamir reste le point central des grands systèmes montagneux d’Asie : l’Hindu Kuch au Nord-Ouest, le Tian Shan au Nord-Est, le Karakorum et l’Himalaya au Sud-Est. Il marque la frontière sud de l’Asie Centrale. C’est certainement la région du continent eurasien la plus fascinante et la moins touristique.

Un peu d’histoire…

Séparée de la Russie par les steppes infinies du Kazakhstan et entourée de déserts, l’Asie Centrale est restée pendant des siècles la croisée d’échanges commerciaux Est-Ouest.
Le commerce incessant et les invasions multiples ont forgé la culture complexe de l’Asie Centrale.

C’est depuis cette région qu’au XIII siècle Gengis Khan lançait ses invasions Mongoles en direction de la Chine et de l’Europe.

Les tsars de Russie n’ont conquis ces régions qu’au début des années 1800, sans jamais réussir à dominer la culture locale. Puis est arrivé le régime des Soviets, et ses tentatives de « russification » des républiques d’Asie Centrale. Malgré cela, chaque région a su garder son caractère.

Les témoins les plus connus de cette histoire sont Samarkand, l’oasis fortifiée de Boukhara, et Khiva. Il y a aussi les cités de la vallée de Fergana, entre les montagnes gigantesques de l’Altaï au Sud et du Tian Shan au Nord. La ville de Margelan, avec ses vieilles maisons de thé, ses marchés hauts en couleurs, Kokand, avec ses traditions musulmanes et l’immense palace de Khan, et la ville arabe d’Och.

L’été, les bergers mènent leurs troupeaux vers les montagnes. Les Kirghizes s’arrêtent sur les contre-forts de l’Alai, ou poussent jusqu’aux pentes du Pamir et établissent leurs camps de yourtes. Ces bergers furent probablement les guides des premiers explorateurs du Pamir. Au siècle dernier la Grande-Bretagne et la Russie se sont lancées à la découverte des sources de l’Indus et de l’Amu Darya. Marco Polo avait laissé des siècles auparavant la première description du Pamir après l’avoir traversé au niveau de l’actuel Afghanistan.

En 1866, les premières expéditions Russes arrivèrent au Pamir, sous la conduite de Fedtchenko qui a exploré les monts Zaalaiyskiy et découvert l’immense glacier baptisé de son nom, considéré jusqu’à récemment comme le plus grand du Monde.

D’autres expéditions Russes, Anglaises et Suédoises ont suivi, contribuant à enrichir les cartes d’Asie Centrale. Mais les pics et les vallées inconnus du Pamir restent encore nombreux.

Sur place

Pour s'y rendre, une agence locale est quasiment obligatoire, ne serais-ce que pour la langue et les tracas administratifs (nombreux check-points et postes frontières tenus par l'ex-armée rouge, n'oublions pas que les frontières de l'Afghanistan, du Pakistan et de la Chine sont proches). Contrairement au Népal par exemple, ces montagnes sont relativement peu habitées, et il n'existe pas de porteurs. L'hélicoptère est souvent indispensable pour rejoindre les camps de base, ce qui limite la découverte du pays et de ses habitants …

L’été est la meilleure saison pour se rendre au Pamir (beau temps généralement stable de mi juillet à mi août).


Le Pic du Communisme et le Korjenevskaya

Ces deux sommets de plus de 7000 mètres sont accessibles du même camp de base, petit carré de verdure posé au milieu de glaciers imposants (accès en hélicoptère, attention quand même à la phase d’acclimatation !).

Autre atout, des sommets d'altitude plus modeste permettent de s'acclimater sans faire d'allers-retours fastidieux sur le même itinéraire. A partir du camp de base situé à 4200 mètres d’altitude, l'acclimatation s'effectue classiquement sur le Vorobiev (5691 mètres, voie F, 2 jours), puis le Tchetiriok (6299 mètres, PD, 3 jours). Il est ensuite possible de gravir le Korjenevskaya (7105 m) puis le Pic du Communisme (7495 m), le tout dans un voyage de 4 semaines (sous réserve d’une excellente forme physique). Les voies décrites ci-dessous sont les plus classiques. Il existe des voies bien plus techniques et engagées, rappelez vous simplement que vous n'êtes pas à Chamonix entre téléphérique et refuge.

Le Korjenevskaya (7105 m)

Difficulté PD, 4 jours.
Un jour d'approche sur des moraines plus ou moins bien tracées. Une pente de neige-glace (35°, passage à 50°) permet d'atteindre un petit col, suivi d'un court passage de rocher délité, pour atteindre ensuite de bons emplacements de bivouac à 6300 mètres. Une arrête de neige (courts passages à 45°) donne accès au sommet. Vue superbe sur le plateau de neige du Pamir au pied du pic Communisme, 3 km de large sur 12 km de long à 6000 m d'altitude !

Le Pic du Communisme (7482 m)

Difficulté comparable à l'éperon de la Brenva (sac en plus !), 5 à 6 jours.
Voie de l'éperon Borodkine : premier jour une traversée un peu exposée sous des séracs, suivie d'une montée dans la caillasse. La seconde partie de l'éperon, en neige-glace (difficulté variable selon enneigement, trace, etc..) permet d'accéder au plateau (6000 mètres). Montée au Pic Douchanbé, puis traversée jusqu'à un large col à environ 7000 mètres au pied des dernières pentes. Bivouac fantastique s'il n'est pas trop venté... Une pente de neige (45°), puis une arrête mixte facile mènent au sommet.


Le Pic Lénine

Du haut de ses 7134 mètres, il s’agit du 7000 le plus escaladé du globe ; facile techniquement sur sa voie normale et bénéficiant d’un temps stable pendant la saison estivale, le Pic Lénine est le point culminant de la chaîne du Zaalai, au Nord du Pamir.

L’accès au camp de base situé dans la verdure à 3600 mètres peut se faire en bus au départ de Och ou en hélicoptère (si vous êtes pressés !). L’ascension ne présente pas de difficulté technique (cotation F) mais est longue en distance (5 jours).


Et encore…

Le Pamir cache bien d'autres possibilités d'ascensions difficiles, comme les pics Marx (6723m), Engels (6510m) ou le pic de la Révolution (6986m), avec des faces de 1000 à 2000m d'ampleur. Ces sites sont nettement moins fréquentés depuis le déclin de l'empire soviétique (voire même plus du tout).


Le Tian Shan

Le Tian Shan se trouve aux frontières du Kazakhstan, du Kirghizistan, et de la Chine. Ce massif regroupe deux sommets assez connus : le pic Pobieda (7439 m ou pic de la Victoire), point culminant de la chaîne et sommet de 7000 m le plus septentrional de la planète, et le Khan Tengri (6995 m), superbe pyramide située 20 km plus au nord.

L'aspect mystérieux des montagnes du Tian-Shan Central a toujours excité l'imagination des nomades qui vivaient dans ces contrées. On s'en rend compte par les noms qu'ils ont donnés aux montagnes : Tian-Shan signifie "Montagnes Célestes" en Chinois, Tengri-Tag - "Montagnes des Esprits" et Khan-Tengri - "Seigneur des Esprits" en langues turques.

Cette région est réputée pour être la plus froide du Tian-Shan, avec qui plus est un climat très instable. Les mois de juillet - août sont les plus favorables pour tenter des ascensions même si, la plupart du temps, le soleil ne brille que jusque vers midi. En été les températures nocturnes peuvent descendre jusqu'à -10°C.
En septembre - octobre le temps est meilleur et plus stable mais les températures deviennent plus froides…


Le pic Pobieda, 7439 m

La hauteur exacte du Pobieda, 7439m, a été obtenue par des calculs trigonométriques en 1943, en pleine seconde guerre mondiale. Toute l'URSS ne vivait alors que dans l'idée de la victoire, d’où l’origine du nom de ce sommet, point culminant du Tian Shan.
La voie qui mène au sommet par le Nord via le col Dikiï (col Sauvage), puis le sommet Ouest du pic Pobieda, et enfin l'arête Ouest, est cotée AD/D, bien que dans son ensemble elle soit plus sérieuse que sa cotation ne le laisse supposer à cause de nombreux dangers objectifs, et de son engagement.
Son ascension nécessite environ 8 jours. La montée suit le glacier Zviozdotchka (Petite Étoile), puis rejoint le col Dikiï (5200m) en passant par des cascades de glace. Jusqu'au col elle requiert deux jours.
Du col, l’itinéraire emprunte l'arête Nord vers le pic Pobieda Ouest pendant 2 journées supplémentaires : les difficultés techniques sont concentrées sur cette section.
Enfin, la voie suit l'arête Ouest, large en général, avec corniches et crevasses, sur 3 km de long à 7000 mètres d’altitude environ !
Le retour s'effectue par la même route. La voie présente de nombreux emplacements confortables pour installer les tentes ou pour creuser des grottes de neige sur toute sa longueur.


Le Khan Tengri, 6995 m

La pyramide du Khan-Tengri s'élève, imposante, 800 mètres au-dessus des sommets avoisinants. Vue des steppes kazakhes, au Nord, elle ressemble à une goutte de sang, d’où son autre nom local : Kan-Too, "La Montagne Sanglante".
La face Nord du Khan-Tengri tombe verticalement vers le glacier Inyltchek Nord. Sa face Sud est dominée par "l'Arête de Marbre", bien connue des alpinistes. Les différentes voies de ces deux faces sont très difficiles (TD/ED).
La voie normale (arête Ouest) est plus accessible (D/TD-). Elle a été gravie pour la première fois en 1931 et est maintenant très fréquentée.
Depuis le Camp de Base situé au pied de la face Sud du Pic Tchapaev, la voie traverse tout d'abord des pentes de neige pour atteindre un col à 5800m. Cette section est exposée aux avalanches provenant du Tchapaev.
Du col, les difficultés techniques commencent. Bien que beaucoup de passages sur l'arête Ouest soient équipés de cordes fixes, il faut considérer l'ascension comme une escalade sérieuse.
Pour l’ensemble de l’itinéraire, compter 5 à 6 jours.


Le Caucase et son point culminant, l’Elbrouz (5642 m)

La Caucasie, pays montagneux, s’étend entre les mers Noire et Caspienne. Cette région est composée de plusieurs chaînes parallèles parmi lesquelles la Crête Principale du Caucase, frontière entre l'Europe et l'Asie.
A 15 km au Nord de cette Crête Principale se dressent les deux cimes du Mont Elbrouz : le sommet Ouest culmine à 5642 m, le sommet Est, à 5621 m.
Plus haut que le Mont Blanc de plus que 800 m, on peut considérer l’Elbrouz comme le point culminant de l’Europe…
Plus que 40 sommets du Caucase Central excèdent 4000m. Cette partie est la plus belle de tout le Caucase. 

L'Elbrouz est un volcan éteint depuis un million d'années. Ses deux sommets sont des cratères remplis de neige et de glace formant des plateaux de 300 à 400m en diamètre.
Son ascension est facile techniquement : il suffit d’être en bonne condition physique et de s’acclimater progressivement.
Il est également possible de monter à ski pendant presque toute l’année, le mois d’avril étant le plus propice.


L’Altaï

Quand on regarde la carte de l’Asie Centrale, on découvre le petit massif montagneux de l’Altaï au fin fond du Kazakhstan. Situé à cheval entre la Russie, le Kazakhstan et la Mongolie, il est envahi par les russes vers la fin du 18ème siècle lors des grandes conquêtes des Tsars de Russie.
La domination russe n’a cependant jamais remplacé les cultures locales. Par leur culture les gens l’Altaï sont proches des Mongols et des Kazakhs. Ils pratiquent le Shamanisme. 

Pour rejoindre les portes de l’Altaï :
En arrivant côté Kazakhstan :
Vol international pour Alma Ata au Kazakhstan puis 2 solutions sont possibles :
-         prendre un vol pour Novossibirsk puis rejoindre en bus Oust-Kamenogorsk.
-         prendre le train (celui qui relie Tachkent à la Sibérie) jusqu’à Novossibirsk, capitale de la Sibérie. Puis prendre le bus jusqu’à Oust-Kamenogorsk. Il est possible de gagner quelques heures en descendant à la station de Jantistobe et de prendre un bus ou un taxi.
Depuis Oust-Kamenogorsk, quelques heures de voiture vous mèneront au départ de la marche d’approche. 

En arrivant directement dans la République Autonome d’Altaï :
-         prendre le Transsibérien de Moscou jusqu’à Novossibirsk (72 heures) ou l’avion.
-         4 h de bus pour aller jusqu’à Gorno Altaisk (capitale de l’Altaï).
-         10 h de piste pour rejoindre Tyungur (chalet à louer) : possibilité de louer des chevaux pour aller au camp de base (2 jours). 

L’alpinisme en Altaï :

Un sommet incontournable par sa beauté : le Belouchka (4506m). Point culminant de ce massif, il est souvent comparé au Mont-Blanc car presque à la frontière de 3 pays. En revanche, contrairement aux sommets de l’arc alpin, gravir le Belouchka est une véritable expédition sur le plan marche d’approche, organisation et climat. Trois jours le long de la rivière Akkem seront nécessaires pour approcher les glaciers. L’ascension se fait généralement avec 2 camps d’altitude quand on arrive depuis Tyungur. Une petite cabane sert de refuge pour le premier camp. On y accède par le glacier d’Akkem. Une remontée du couloir de Delone permet ensuite de prendre pied sur l’autre versant. Descendre de 400 m pour remonter sur le glacier du Belouchka jusqu’à un petit col. Suivre l’arête mixte jusqu’au sommet.
Un trou dans la neige pourra faire l’affaire pour le deuxième camp, à la montée ou plus classiquement au retour du sommet.

Le ski de randonnée :

L’Altaï est un terrain merveilleux pour la pratique du ski de randonnée par son relief et sa géographie. Plusieurs possibilités sont offertes en aller-retour à partir du village de Tyungur, mais aussi en traversées de bergerie en bergerie (les Ails, maison en bois des Altaitsi). Le début du Mont Belouchka se fait aussi à ski.

Le climat :

Proche de la Sibérie, l’Altaï subit un climat très continental particulièrement dur en hiver (on peut avoir –30°C dans la nuit comme +25°C pendant la journée). Le printemps reste la meilleure saison pour parcourir ces vallées et sommets enneigés. Les mois d’été sont les plus propices au trekking et aux ascensions. En revanche, il est fréquent de subir de bonnes périodes de pluie.
Attention aux transitions brutales : un manque de neige en Avril dans les fonds de vallée peut être suivi d’un mois de mai sous des quantités de neige impressionnantes bloquant l’accès de certaines pistes.

Un site sur les ascensions possibles : www.risk.ru
  


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