Avant
toute chose, je tiens à remercier les 4 personnes qui m'ont sauvées la vie
ce samedi 03 octobre: Ludo, Pemba et Pemba Tenzing, dont le
professionnalisme n'est plus à prouver et Fred (qu'on pourrait surnommer le
Saint Bernard) dont le dévouement s'est avéré sans limite.
Mention spéciale à François pour ses piqûres de cortisone.
La montée
entre les camps 2 et 3 a été plus difficile que prévue: plutôt douce au
début, la pente est devenue très raide puis carrément verticale, nous
obligeant à utiliser nos jumars sur les cordes fixes. C'est à ce moment que
la météo (par ailleurs excellente depuis le 29 août) a décidé de se gâter:
il a fallu gérer l'altitude, la neige, la verticalité, le tout à une allure
de tortue handicapée. Après 5h00 d'efforts, je suis arrivée au camp 3 à
7400m fatiguée mais heureuse.
Un mal de
tête que rien n'a fait céder s'est installé et vers 20h, j'ai demandé de
l'oxygène salvateur (prévu pour le sommet du lendemain ou dès le soir si
nécessaire).
La douleur est passée et la nuit fut rythmée par le bruit de ma respiration
donc... sans sommeil.
2h00 du
matin, Ludo a alerté le camp: "c'est l'heure de se préparer!"
Que signifie se préparer à 7400m ? Faire de l'eau (fondre de la neige) pour
boire chaud; manger ou plutôt se forcer à avaler sans faim; s'habiller,
chercher ses vêtements au fond du sac de couchage, lieu privilégié où ils ne
gèlent pas. Le tout dans une tente glaciale éclairée à la lueur des lampes
frontales. Voilà pour l'explication. Mais toi, lecteur, tu te demandes bien
ce qui me pousse à être là, dans cette tente inconfortable: c'était mon rêve
de toujours et il s'est brisé ce matin vers 3h30.
Restée 1h00 sans oxygène -préparation oblige- je ne vous raconterai pas en
détail la suite des évènements car elle m'a échappée. Probablement atteinte
d'un oedème cérébral, j'ai été redescendu par Ludo, Pemba, Pemba Tenzing et
Fred vers le camp 2, sous la neige et avec les moyens du bord. Je n'ai pas
eu conscience d'emprunter cette pente vertigineuse en sens inverse, partant
à l'encontre de Dorjee et du caisson.
Toutes mes excuses à François, Fino, Philippe, Fred et Jean-Marie qui n'ont
pas eu l'occasion de tenter le sommet à cause des troupes mobilisées pour ma
descente. J'ai l'air de rire, cher lecteur, mais si tu me connais, tu sais
que je pleure. Je rêvais d'un 8000m mais j'ai oublié le plus important:
l'humilité. Cette magnifique pyramide blanche ne m'a pas laissé la
conquérir, elle est tellement plus forte que moi...
Véro.
Après un
passage de 30 minutes dans le caisson, Véro redescend par ses propres moyens
jusqu'au camp de base avancé le jour même, accompagnée par Ludo, François,
Fino et Philippe.
Jean-Marie décide de passer la nuit au camp 1 avec Christian qui ne désire
pas monter au camp 3.
Le groupe
de Fabrice monte au camp 3. Fred décide de les accompagner pour tenter le
sommet le lendemain.