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Expédition Ski exploration en Péninsule Antarctique

13 janvier - Parry Gagné !


  

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Déroulons le fil de nos journées.

Celle du lundi 11, très animalière comme vous l’avez pu voir, s’est achevée par un retour à notre premier mouillage, l’épave «Enterprise », refuge de sterns antarctique, échouée dans une petite crique bordée de hautes falaises de neige compactée laissant apparaître les stries des couches accumulées aux couleurs gris bleues d’intensité variables selon les éclairages. Notre soirée s’est achevée par un souper, je dis bien souper, eu égard à l’heure tardive (que l’équipage ne lise ici aucun reproches ni aucune allusion…) aux petits oignons, dans les deux sens du terme. Caroline (allez, maintenant on peut lui donner du Caro, Hervé son mari, ici présent, l’un des deux propriétaires de Podorange avec Brice) nous avait en effet, pour accompagner une pièce de bœuf argentin, fait rissoler des oignons, de la taille chacun d’une grosse orange, préalablement coupés en quatre par nos mains expertes, à qui nous avons fait un honneur remarqué comme le fut d’ailleurs un plat du même légume laissé toute la nuit au four resté allumé.

Après donc un petit réveil aux gros oignons calcinés, nous sommes allés explorer les environs en zodiac et sommes tombés en arrêt devant le spectacle de trois vieilles baleinières volontairement sans doute déposées sur des rochers en prévision d’une campagne de pêche à venir et qui n’est jamais venue. Les barques aux bordées presque encore intactes, en chêne massif, lavé, poncé par les chutes de neige successives, le froid, la mer, les campagnes de pêche, sont toutes d’une belle teinte gris clair contribuant à les rendre vivantes et émouvantes.

Comme nous sommes tout de même venus en Antarctique pour y skier… l’heure avait largement sonnée d’embarquer, puis de débarquer notre équipe avec skis et sacs bien chargés sur quelques rochers, après avoir slalomé entre icebergs et growlers.

Dans une neige de type gros sel, nous escaladons skis sur nos sacs une rampe d’une centaine de mètres, puis mettons nos skis de randonnée. Pas de vent, une température que l’effort nous permettra de supporter en enlevant une ou deux couches, une forte réverbération, nous accompagnent pour cette première partie d’ascension qui se termine vers 19 h, après avoir effectué 1150m de dénivelé, mais une distance parcourue importante.

Nous installons alors notre camp après avoir effectué un petit travail de terrassement et d’aplanissement, puis le soleil apparaît qui ne nous quittera plus puisque nous prenons notre dîner, sous la tente certes, mais dans lesquelles le soleil entrera jusqu’à un peu plus se 23 h. Je dois encore ici parler du spectacle qui s’est offert à nous : des montagnes de l’Est à l’Ouest comme s’il en pleuvait… aux sommets ourlés de nuages dentelés et diaphanes, notre sommet pour le lendemain qui nous observait de sa masse qu’on aurait dit facilement accessible, la mer de nuage en contrebas que l’on devinait si hésitante qu’on la suppliait presque de se dissiper pour nous permettre de regarder, au Nord, la mer, encore la mer !

Avant de nous résoudre à nous mettre sous nos duvets, nous avons attendu qu’Alwin veuille bien réapparaître d’une randonnée solitaire. A l’évidence il n’en avait pas encore suffisamment vu, ni n’avait suffisamment randonné pour sa journée. Tout de même, nous nous sommes inquiétés de ne pas le voir réapparaître, le terrain n’est pas évident et les crevasses constituent un risque permanent.

Réveillés à cinq heures, petit déjeuner pris chacun dans sa tente, notre petite colonne s’ébranle alors vers 6h30 sous un soleil encore timide et un froid qui lui ne l’est vraiment pas qu’un vent encore léger contribue à renforcer. Mais la mer de nuages a bel et bien disparu et nous sommes comblés à nouveau par la plénitude du spectacle auquel nous participons.

Lentement nous nous élevons, le sommet qui semblait proche s’éloigne, les distances s’allongent et ce n’est qu’après deux heures de progression lente en altitude qu’enfin la pente se redresse. Le vent souffle de plus en plus fort, nous nous en protégeons mais la morsure est sévère. Enfin vers 10h30 nous tenons notre Parry, 2520 m, mais nous avons le plus grand mal à nous y tenir debout. Chacun s’organise comme il le peut pour que mains et visages ne gèlent pas. Il faut vite redescendre ! Quelle descente !! Près de 1500 m d’une neige douce, légèrement cartonnée en haut, légèrement poudreuse jusqu’à notre camp où nous faisons une halte pour nous y reposer et aussi pour le replier.

1100 m encore à descendre, à se régaler malgré les dangers qui rodent auxquels nos guides, qui nous ont si bien guidés, veillent en nous demandant, ici et là, de nous regrouper afin de passer, ensemble, les passages exposés aux crevasses et aux séracs.

Encore une journée d’anthologie seulement troublée, paraît-il, par les jurons et les colères du signataire de ces lignes, mécontent d’on ne sait quoi…probablement de lui-même, dont le sac à dos ferme mal, dont les pieds souffrent, la tendinite…Il y en a qui passent leur temps à se plaindre !

Droit de réponse : oui je me plains que Podorange ait été scandaleusement en retard au rendez vous que nous lui avions fixé pour nous récupérer. L’équipage d’ailleurs s’est rendu compte de cette bévue en nous organisant un déjeuner-goûter auquel nous avons fait honneur puisqu’en cinq minutes tout avait disparu des assiettes. Je ne râlerai donc plus. Jusqu’à demain. D’ailleurs je dois dire que, pendant que j’aggrave dangereusement ma tendinite du bras gauche en vous contant nos aventures, ces messieurs roupillent tous, non sans m’avoir demandé au préalable si j’avais l’intention de me mettre non pas au lit mais au clavier. Un clavier d’ailleurs si débile que je me vois obligé séance tenante, et alors que je vous quitte à regret, à constater que j’ai déjà renié ma promesse ! J’ai des excuses.  


Stern Antarctique : animal joyeux sauf quand on pourrait s'en prendre à son nid


Cordée (sans corde) de rêve : le couple Caro - Hervé. Un nouveau mât pour "Enterprise" ?...


Vincent, Arnauld, Ulrich et Alwin après la manœuvre


Il rêve à Moby Dick en prenant la barre de cette baleinière


Mer, rocher, neige : une trilogie imparable


Oberland Bernois ?


Sortant de la mer de nuages, au loin le sommet nous apparaît


Entre ciel et mer, notre campement


23 heures, nous allons bientôt tirer notre révérence au soleil...


... tandis qu'Alwin photographie encore vers 2000 mètres l'immensité balayée par le vent


Au fond, la Péninsule Antarctique


Le sommet du Mont Parry semble moins débonnaire en regardant vers le nord


Ludo et Arnauld au sommet balayé par un vent aussi froid que puissant


Captés à la descente, ces paysages de rêve


 
 

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