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Recette pour
assurer un sommeil paisible dans les bras de Poséïdon : le faire
précéder de quelques discussions sur le sexe de anges, ou sur un sujet
délicat qui a fait et fait encore l’objet de vives polémiques. En
l’occurrence nous avions hier soir choisi le thème du stress au travail,
sujet collant parfaitement, comme chacun pourra en juger avec notre
activité présente. On notera avec intérêt que les seuls à n’avoir pris
part à la conversation sont précisément ceux qui sont ici "on duty "…
Rajouter, pour que la recette sus évoquée soit vraiment excellente, un
dessert au chocolat esthétiquement indéfinissable sauf avec des mots
puisés dans les manuels médicaux pour carabins et d’un goût que les
champions de la cuisine moléculaire revendiqueraient sûrement.
Podorange appareille
vers cinq heures ce matin, tandis que les stressés du ski dorment paisiblement
sans se rendre compte par conséquent que la météo n’est pas au beau fixe. Non
qu’il vente ou qu’il fasse froid, mais simplement il neige ce qui, on en
conviendra, est plutôt banal sous nos latitudes.
A huit heures trente
nous sommes au pied du spot repéré par nos éminents professionnels de la Section
Mer et Montagne (la désormais fameuse SMM, nouveau groupe créé par le Club Alpin
Français, organisation très avant-gardiste et iconoclaste animée par un souffle
puissant de renouveau), et à neuf heures, heure de bureau tout à fait
convenable, nous sommes au pied d’une belle pente de neige. Nous c'est-à-dire le
groupe des sept que nous formons auquel s’est ajouté pour notre plus grande joie
l’auteur du chef d’œuvre en pâtisserie d’hier soir, Hervé.
La visibilité médiocre a
l’avantage de nous empêcher de gamberger sur l’inclinaison de la pente et c’est
plein d’un entrain communicatif que nous enchaînons conversion sur conversion,
les skis munis de couteaux leur permettant de mieux tenir sur une neige encore
dure. Seul Hervé n’en est pas équipé, il doit doublement payer : une première
fois pour son dessert inqualifiable, une seconde fois pour son bizutage.
Thierry, notre guide en
second, fait la trace et trouve un bien bel itinéraire cheminant entre crevasses
et séracs qui surgissent au dernier moment. Mais il est vigilant, nous le sommes
aussi, Ludo nous surveille comme le lait sur le feu et d’ailleurs les hommes de
tête sont encordés pour mieux affronter les risques. Le vent bientôt s’ajoute à
la visibilité quasiment nulle, et nous sommes contraints après trois petites
heures d’effort à renoncer à notre objectif. Il y a des jours c où la montagne,
comme la mer (soulignant par là même la grande nécessité de la SMM) vous refuse.
Bien belle descente que nous nous sommes
offertes, malgré les conditions précaires, sous-couche bien dure, surface
composée d'une neige douce, Hervé nous montre d'entrée de jeu de quel bois il
skie, plein pot, deux bâtons plantée simultanément droit dans la pente pour
enclencher le virage et vire mon gars, et revire, vous autres les gens de terre
n'avez qu'à bien vous tenir ! Costaud le gars, meilleur qu'au gâteau au
chocolat, pour sûr !
Retour à bord pour y déguster et notre
déconvenue et nos sandwiches agrémentés d'une "soupe à Caro", puis sieste, et
Podorange repart pour de nouveaux repérages, de nouveaux icebergs à éviter, et,
en fin d'après midi débarquement sur une base chilienne, où nous sommes
accueillis chaleureusement tant par les manchots (attention tout de même à ne
pas se faire asperger d'un jet de fiente projeté horizontalement et sans préavis
au moment où l'on s'est baissé pour les immortaliser), que par la garnison
composée d'une douzaine de sous officiers de marine qui nous ont offert du pisco
à gogo dans une ambiance très disco, à laquelle participait sans aucune timidité
l'équipage australien de Spirit of Sydney .
Retour à bord, un peu tanguant, pour y
retrouver l'atmosphère empreinte de sérieux sans laquelle nous ne pourrions
envisager sereinement la suite de nos aventures.

Avancer, reculer, déchausser... c'est décidé, on rebrousse chemin


Arc de triomphe façon Antarctique

Vue de la base chilienne Gonzales Videla

Ces deux "pitaines-là" , Brice et Darrel (Spirit of Sidney), visiblement
savent de quoi ils parlent

Fin d'après midi détendue... sur la base chilienne

Allez Thierry, t'en fais pas, la prochaine fois c'est sûr t'as le job !
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