Contrairement
aux prévisions de Darel, skipper expérimenté s’il en est de ces mers
rugueuses où nous nous trouvons, la météo d’aujourd’hui fut détestable.
Un fort vent de Nord Est, des bourrasques de neige qui balayent le
pont, il n’est pas question de tenter à skis quelque sortie que ce soit.
Aussi c’est dans le
carré-cuisine que nous passons une grande partie de notre journée qui à lire,
qui à écrire, qui à se plonger dans un film, tous à regarder celui tourné par
Hervé et Brice : «Un tour du Monde en Solidaire », racontant avec beaucoup
d’entrain, de gaieté et d’humour leur tour du monde de trois ans sur «Kifouine »,
leur voilier de 8 m d’alors. Associer un groupe d’handicapés moteur, en les
faisant venir à chaque escale de ce tour du monde, tel était le projet qu’ils
ont monté et réalisé avec succès. Bien beau témoignage que leur film de
générosité, de solidarité et d’enthousiasme.
Nous reprenons aussi une
conversation tenue hier soir et fort animée, autour du thème récurrent chez les
amateurs et les professionnel du ski : les déposes en hélico sont-elles
acceptables, justifiables d’un point de vue écologique, économique, sportif ? Et
parmi les arguments spécieux évoqués, l’un d’entre nous a cru devoir parler de
l’élitisme de la démarche. Aussitôt un autre a vivement défendu, revendiqué
même, l’élitisme en question. Heureusement la corvée de vaisselle, accompagnée
par Eric Clapton, arrivait à point pour remettre les choses, et surtout
l’élitisme, à leur place et tout est rentré dans l’ordre. Pendant la nuit
Podorange oscille sur son ancre de babord à tribord avec de fortes amplitudes
qui maintient en alerte les vrais marins du bord. Mais l’encre tient ferme et
nous ne serons réveillés par aucune manœuvre d’urgence.
Nous nous sommes
arrachés à notre douce torpeur pour aller visiter la base-musée de Port Locroy
dans laquelle vivent de fin novembre à fin mars et de façon très spartiate,
quatre jeunes anglaises. Cette base n’a plus aucune justification scientifique
aujourd’hui. Elle constitue cependant un témoignage vivant et sympathique de la
présence anglaise, aujourd’hui concentrée sur d’autres sites. Y font escale les
bateaux de croisière proposant l’Antarctique à leur catalogue de destinations
originales. On ne peut repartir sans passer par la case « achats », une boutique
située en fin de visite propose des objets sympathiques à des prix qui le sont
beaucoup moins. Mais au diable l’avarice, il s’agit de financer le maintien en
bon état de ces petits bâtiments qui témoignent de l’activité qui régna ici,
baleinière, puis scientifique notamment. Aussi c’est sans rechigner aucunement
que nous avons laissé ici quelques plumes…
Pendant ces journées de
relative inactivité, est-il besoin de dire à ceux qui pourraient s’inquiéter sur
notre sort, que nous compensons le manque d’exercice durement érprouvé en
faisant honneur à la cuisine non sans aller, entre les repas, fouiner dans le
coins et les recoins à la recherche de douceurs réconfortantes. Certains, plus
inquiets que d’autres, se demandent si, à ce rythme, tandis que le bateau perd
du poids et que nous en prenons, les vivres ne pourraient venir à manquer. Nous
vous relaterons fidèlement la suite de ces réalités-là !

Ulrich, Alwin et Philippe au cours d'une séance studieuse et à l'eau...

Cimetière de baleines
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