Nous voici
arrivés à notre position la plus au Sud de notre parcours (ne jamais
oublier que nous sommes dans l’autre hémisphère), précisément à la base
ukrainienne Vernadsky, située dans les Îles argentines : 65°14.827 Sud
64°14.997 Ouest. Pour 1 £ symbolique, les anglais ont cédé il y a
quelques années cette base aux Ukrainiens, au terme sans doute d’un
marchandage diplomatique dont nous ne connaissons que ce que nous voyons
ici, qui d’ailleurs manque singulièrement de charme.
Nous devions accomplir
un bien joli parcours à ski, mais une nouvelle fois, la météo nous en a empêché,
aussi avons-nous décidé d’en accomplir un autre, sous foc (yankee), pluie-neige
et fort vent arrière, l’usage de la grand voile bien tentante étant abandonnée
afin d’être en mesure d’affaler très rapidement la toile en cas de rencontre
subite avec un iceberg non identifié suffisamment à temps. Il faut ici rappeler
les accidents nombreux et pour certains récents survenus à des navires autrement
plus conséquents que le nôtre. La cause en est soit la chute de tranches
entières de glaciers, tandis que le bateau frôle ceux-ci la en quête de
spectacle pour les passagers, ou la rencontre malencontreuse avec un iceberg.
Nous filons malgré tout gaillardement 8 à 9 nœuds malgré le manque de toile.
Nous passons le canal
Peltier, puis le canal Lemaire, musardons dans la baie Girard en quête des
photos animalières du jour, impossible vraiment d’être blasés ! Le jet d’eau
pulvérisé d’une baleine nous émeut toujours autant ! L’horrible tête des
léopards des neiges nous laisse comme fascinés.
Nous déjeunons
confortablement, installés dans le carré, d’une salade de choux rouges et d’une
tourte aux pommes de terre et lardons, fromages argentins, oranges, eau claire,
puis nous continuons notre navigation au moteur car le vent, à l’approche du Cap
Renard, faiblit. Voilà qui est excellent pour la sieste à laquelle s’adonnent
les plus fragiles d’entre nous…
Vers dix sept heures la
base Vernadsky est en vue, un cruise ship (navire de croisière) également qui va
se délester dans quelques instants de ses quelques dizaines de passagers afin
que ceux-ci visitent la base, forcément qualifiée de scientifique. C’est de
cette base, lorsqu’elle était encore anglaise, que furent rassemblées les
premières preuves scientifiques de la diminution de la couche d’ozone. Pour ce
qui nous concerne les seules preuves scientifiques de cette triste réalité sont
à constater sur nos pifs plutôt rouges, pour certains tout au moins, et ce en
dépit de l’absence totale de soleil !
Nous préparons nos
pulkas en prévision d’une randonnée sur le continent qui doit durer trois jours
et que nous entamerons après demain, les conditions météo que notre routeur nous
a transmises semblant encourageantes. Demain nous affûterons notre condition
physique en gravissant une pente raide, mais d’un dénivelé raisonnable, repérée
dans le courant de notre navigation et proche d’ici.
Au moment où nous vous
relatons nos faits et gestes, terrible coup de feu dans la cuisine, le capitaine
se prend pour un chef, le chef en titre est relégué au grade de saucier, le
saucier est dans le pétrin (notre stock de pain est désormais épuisé), le
sommelier est déjà fin cuit, il est grand temps de passer à table ! Il faut vous
dire que nous avons modestement goûté, tels des enfants, d’un chocolat chaud Van
Houten, de petits gâteaux plus difficilement identifiables mais consommés alors
que le paquet n’est pas même déjà ouvert et qu’un autre est immédiatement sorti
d’un coffre dont on ignorait jusqu’ici l’existence. Il n’est donc pas étonnant,
dans ces conditions, que nous soyons déjà et à nouveau tenaillés par la faim.
Demain les Ukrainiens nous invitent sur leur base et sans doute s’occuperont-ils
de nos soifs !
PS : si nous ne sommes
pas toujours ponctuels dans nos transmissions c’est qu’il ne nous est pas
toujours possible de capter le satellite Inmarsat, qui gravitant autour de
l’équateur, est bien éloigné de notre position géographique.

Slalomer entre tous ces obstacles majestueux autant que dangereux

L'heure de la sieste pour eux aussi

Cruise ship rasant les séracs...

...parfois instables !

Accueil style Playboy ou victoire ukrainienne ?

Activité fébrile pour préparer les pulkas

Ducasse n'a qu'à bien se tenir...
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