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Voyage 2010

Expédition Ski exploration en Péninsule Antarctique
30
janvier -
La SMM vous tire sa révérence !


  

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Il faut bien de l’abnégation, on en conviendra, pour, aussi modeste plumassier soit-on, accepter que le poids des mots pèse si peu par rapport à celui des photos. Pour aussi banal que soit ce constat, il n’en suscite pas moins un soupçon d’état d’âme n’ayant guère sa place dans le récit de nos aventures quasi polaires. On me pardonnera peut être cette digression quand on saura qu’il m’a été rapporté, non sans une certaine délicatesse, que les textes que je ponds avec passion mais aussi avec les inévitables douleurs de l’accouchement et les doigts tout engourdis par le froid et le clavier, ne sont lus que par ceux qui savent lire... Il reste donc sans doute encore quelques spécimens et c’est à eux, et avec amour, que je vais écrire, aussi brièvement que possible toutefois…comment s’est déroulée notre traversée.

Gros vent nous en eûmes, grosse houle croisée nous en eûmes, grosse "pétole" nous en eûmes, mais toutefois avec moins de virulence que lors de notre traversée dans l’autre sens. Les chiffres parlent : nous avons été propulsés par des vents sud sud-ouest de 30 nœuds, avec des rafales à 36 nœuds, nous avons mis douze heures de plus pour effectuer le parcours de retour par comparaison avec celui de l’aller, tandis que nous n’avons parcouru que 60 milles de plus au retour, soit un total 680 milles pour ce parcours (tandis qu'au total nous aurons parcouru .

Sans doute cette fois-ci sommes-nous mieux amarinés, mieux aptes à comprendre Podorange, et à le barrer en y prenant un réel plaisir, tandis que nous avions auparavant subit les lois du vent, de la mer, du bateau. Ah cette jouissance, lorsque l’on a la sensation d’avoir correctement anticipé l’amplitude de la vague qui arrive par derrière, celle de constater qu’on tient son cap avec constance sans donner des coups de barre trop amples et brutaux soit à babord soit à tribord que l’on corrige avec d’autres coups de barre excessifs en directions inverses ! Podorange je te mâte, inutile de tenter de me montrer que tu es le plus fort, on avait parfois comme l’impression de lui imprimer une volonté plus forte que celle imposée par de ses 45 tonnes enivrée de vent frais. L’instant d’après un gros paquet d’eau de mer, toute aussi fraîche, vous single le visage et vous rappelle à la raison, mais c’est bien protégé par sa veste de quart remontée jusqu’aux yeux qu’on l’a reçu et l’on se marre, et se prend à dire en douce "même pas mal"…

Oh marin, on se calme ! De retour dans le carré, j’en connais au moins un qui s’en est pris plein la tronche, pas d’eau de mer, mais d’un bol bouillant de chocolat au lait préparé à grand peine. Il faut imaginer  les contorsions contre nature à effectuer pour rester simplement debout, lorsque le bateau gite jusqu’à son point de rupture, et qui se multiplient dès qu’il faut entreprendre les actions les plus naturelles comme celles qui, tout aussi naturelles, vous dirigent à grand peine vers la cuisinière à gaz. On s’accroche alors rageusement au moindre point fixe, mais le plancher semble se dérober,  Podorange enfourne alors, puis l’étrave remonte, un peu comme le font les baleines pour reprendre leurs respirations. Le bateau replonge et cette fois-ci c’est foutu, cette amplitude-là on ne l’avait pas anticipée, provoquée sans doute par une rafale de vent, ou une erreur du barreur, tout valse et le petit réconfort qu’on a mis si longtemps à se préparer, juste avant ou juste après son tour de quart, se répand partout. Suit une bordée d’injures dont paraît-il, à bord, je suis le seul à faire un usage immodéré. Personne n’est parfait… sauf notre belle unité qui file ses onze nœuds,  insensible au drame qui s’est joué.

Le bateau du dehors et celui du dedans, deux univers qui semblent s’ignorer lors des changements de quart. La nuit ils sont effectués parfois sans qu’un seul mot ne soit échangé entre l’équipe qui termine le sien et celle qui va le prendre, à l’exception toutefois d’un chiffre, celui du cap à tenir. Le silence n’est-il pas la seule façon d’écouter le concerto fantastique qui se joue et dont le vent est le chef d’orchestre respecté et incontesté. Il y a de la langueur dans les calmes plats, inquiétants, crispants parfois lorsque seule est jouée la partition qui ne comprend que des notes de piano un peu mélancoliques ; il y a du grandiose, de l’ivresse, lorsque tous les instruments sont appelés par le maître à donner le meilleur d’eux-mêmes ! Mais on n’entend pas la même musique selon qu’on est dans sa bannette ou sur le pont, à l’intérieur elle est plus brutale, comme distordue et amplifiée, à l’extérieur elle est telle que le compositeur l’a voulue.

Ainsi s’écoulent nos quatre journées de mer, entre calmes et emballements, confiants que notre skipper nous mène là où nous voulons aller : passer le Cap Horn. Il est alors dix neuf heures ses contours sont à portée de nos regards d’autant plus attentifs que la visibilité est très médiocre si la mer relativement calme. Mais nul doute, c’est bien lui, maintes fois vu dans tant de livres et de magazines mais jamais "passé", tout au moins par ceux de la section montagne. Comme par miracle, produit sans doute par le mélange d’eaux de mer, celle du Pacifique sud et celle de l’Atlantique sud,  les malades de mer se lèvent, tout le monde est sur le pont, le bouchon saute, le champagne coule, les émotions se lisent alors sur nos visages !

Il nous reste encore douze heures de navigation avant d’atteindre l’île Navarino et Port Williams, la "ville" (un peu moins de 3000 habitants) la plus australe du monde. Port Williams dispute avec acharnement ce qualificatif avec Ushuaia qui en comporte, elle, 80 000) et à huit heures nous nous amarrons à Spirit of Sydney (qui tient donc sa revanche sur Podorange, arrivé bon premier à l’aller), lui-même amarré au "Mécalvi", vieux cargo datant du premier conflit mondial, racheté par la marine chilienne et échoué-là volontairement pour servir de yacht club, de ponton, de bar. Celui-ci est connu de tous les marins du monde, Isabelle Autissier et Eric Orsenna l’ont récemment brossé avec humour et talent dans "Salut au Grand Sud". A peine entre-t-on dans son antre qu’on a déjà la sensation d’avoir un peu trop picolé, car il est mal échoué, et gîte singulièrement. On imagine alors ce qu’il en est après quelques verres du cocktail local, le "pisco"…

Faisons court…

Nous nous dégourdissons les jambes en fin de matinée en parcourant 600 m de dénivelé pour aller au sommet d’un joli monticule au sommet duquel une vue surplombante sur l’île Navarino nous est offerte entre deux passages nuageux et neigeux.

Le soir nous dînons chez Denis, qui n’est pas le nom d’un restaurant, mais le prénom d’un suisse charmant autant que savant, grand spécialiste de la Terre de Feu, ami de Brice, et qui vit ici depuis quinze ans. Il nous accueille dans son jardin, dans lequel on découvre un étonnant potager, comme si nous étions amis de longue date. Autour d’un "asado", tandis que les braises s’apprêtent à donner toute sa saveur au bœuf argentin, que la salade du jardin ne demande plus qu’à être "fatiguée", nous commençons déjà à rassembler des souvenirs qui  prendront, un peu plus tard dans la nuit –car il fait maintenant nuit, même si celle-ci ne dure que deux ou trois heures- une tournure auquel le pisco donnera toute l’ampleur qu’ils méritent.

Nous allons, lorsque Brice aura émergé, quitter Port Williams, tirer les derniers bords pour rejoindre Ushuaia et c’en sera alors fini de notre belle équipée, conscients d’avoir eu la chance de vivre des moments exceptionnels, en espérant vous les avoir fait partager. Notre propos n’était en aucun cas de réaliser des exploits sportifs, nous voulions, en associant mer et montagne, découvrir comment ces deux univers se conjuguent, ici, au bout du monde. L’accord est parfait, et je dois écrire, pour en terminer définitivement, qu’il le fut aussi, entre nous qui ne nous connaissions pas auparavant. Que de miracles en quatre semaines !

Arnauld


Film
Ludo Challéat

 


Pourquoi cette soudaine explosion de joie ?


On vous le jure, c'est bien du Cap Horn qu'il s'agit


Il y a des traditions qui se respectent !


Nouveau sommet ?


Au premier plan :
Philippe Poncin, Thierry Garnier, Ludo Challéat, Ulrich Goerlach, Caroline et Hervé Olagne

Au deuxième plan :
Alwin Arnold, Arnauld De Fouchier, Vincent Logerot, Julian Hélène, Brice Monégier du Sorbier

En janvier, nous repartirons à bord de Podorange
pour continuer notre exploration à ski de la Péninsule Antarctique

 

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