Quelques lignes pour
décrire le ressenti de ces 20 et 21 Mai... inoubliables et comme "hors du temps" mais
avec la sensation d'être bien menés.
La décision de faire deux groupes
distincts étaient nécessaires d'un point de vue logistique. En passant du camp 2
au camp 3 l'effort change et la trentaine de grimpeurs qui péniblement avancent le
long des dalles ressemblent davantage à des spationautes, tous sont équipés de
masques, de régulateurs et de bouteilles spécifiques reconnaissables à leur
couleurs orangées. Le choix de tenter cette étape sans ces dispositifs se fait
sentir : le rythme n'est plus le même, l'étape devient interminable, on se sent très
seul et il faut être à l'écoute de sa respiration, de son cœur. Le moindre pas
légèrement trop rapide et c'est l'effondrement, on ventile, c'est insupportable!
A mi chemin je croise Ludo et j'ai
le droit à ses commentaires à chaud, il a réussi!! Conditions très difficiles à
ses dires.. Bravo!
Je ne vise pas le sommet, je sais
que je n'ai pas le niveau extrême requis pour tenter un tel assaut mais
j'aimerais au moins atteindre le camp 3 et l'arête si possible sans utiliser
d'oxygène artificiel...
Je retrouve Pierre dans la tente de
ce camp épouvantable à 8250 m. Jean-Marc et Claude sont installés à 20m
de là. Aller les voir relève de l'exploit, au moins trois arrêts obligatoires à
souffler comme une bête, regards hagards deux trois phrases et de nouveau un
but : respirer !
Mais que peut on bien faire dans un
endroit pareil !!!
Tout est compté, l'étape m'a plus
qu'entamé, il faut s'hydrater, sans envie.
Je suis là dans la tente avec
Pierre déguisé en "Dark Vador" qui teste encore son matériel.
Puis tout se déroule rapidement
Pierre et son Sherpa partiront vers 22h peu après la nuit noire. Je décide de
monter plus tard, je crains les gelures à marcher ainsi dans la nuit.
2h du matin je sors de cette
tente, l'effort est terrible.
3h abominables tout seul dans la
nuit suivront. Sensation "spatiale" troublante. Croire en soi, ne pas se laisser
emporter par ses sensations, rester lucide, sentir ses extrémités... Savoir que le
jour viendra dans peu de temps.
Soudain le soleil, la roche qui
s'enflamme et la crête Nord Est, véritable balcon de l'infini. La décision de
s'arrêter là est prise consciemment. La vue ne peut se commenter en quelques
lignes et quelques images parleront d'elles mêmes...
Je reste une heure et mes pieds
confirmeront ce choix de redescendre. Le retour au camp 1 et mon état me
satisferont totalement dans ma prise de décision quant à ce point de demi
tour. Aller au delà aurait, j'en suis sûr, eu de lourdes conséquences...
Steph.
Il est 21h30 ce 21 Mai lorsque Nima mon sherpa et ange gardien me
secoue au C3.
Ça y est après une journée de fatigue morale entre C2 et C3 nous
y voila pour l'ultime tentative vers le sommet.
Départ donc vers 22h30 dans des éboulis... puis des pentes de
neige pour accéder à l'arête sommitale. Malgré le vent la température est
supportable et j'arrive à suivre le rythme imprimé par Nima.
Nous franchissons le premier ressaut et je trouve cela technique
d'autant plus que ma frontale me lâche. Nous arrivons au deuxième ressaut avec
cette fameuse échelle et son franchissement je me stabilise assez facilement à
droite après le dernier barreau du coup le moral est au beau fixe.
Trop peut être car Nima me distance et je me retrouve seul pour
franchir le dernier obstacle, pas de panique un peu de réflexion et me voila de
l'autre coté du dernier ressaut et bien sur mon ange gardien qui m'attend et
m'explique que nous sommes à une heure du sommet.
Effectivement notre objectif est atteint une heure plus tard nous
débutons une séance photos pendant 50 minutes et je profite pleinement de cet
instant.
Maintenant il faut gérer la descente vers le C1 par cette belle
journée je prend l'itinéraire inverse et descends à mon rythme pour arriver au
C1 vers 16h00.
Claude.