Une page spéciale ... pour une ascension très particulière !
Je me lance dans son récit, au risque de déclencher les foudres
de ma famille. Pardonnez moi la redondance de la première personne mais je ne
maîtrise pas l'art de la plume, et puis après tout, cette page m'est dédiée non
?!
Le début de l'aventure commençait bien avec une arrivée au camp 3
dans les normes à 17h. Nous nous installons dans la tente avec Steph et mon
"brave" Sherpa (attendez la suite...) Tsompa, nous prépare de l'eau. S'en suit
un délicieux repas d'altitude à base de soupe, pâté, biscuit et chocolat.
Extinction des feux à 18h pour se réveiller à 21h30. Il fait froid, très froid
et même le thé chaud ne nous réchauffe pas: il faut partir mais ce froid nous
paralyse et il nous faut une bonne heure pour nous préparer !
Départ donc à 22h30, seuls Tsompa et moi, car tous sont déjà
partis à part Steph qui avait décidé de se réveiller à 2h.
Et là commence l'aventure avec mon Sherpa qui ne parvient pas à
trouver le chemin (cordes fixes). Après avoir erré une bonne demi-heure dans le
camp, il finit par se renseigner auprès de Nima (le Sherpa de Jean-Marc) qui
avait fait demi-tour pour des raisons techniques.

Commence l'harassante montée au-dessus du camp 3. Malgré
l'utilisation de l'oxygène, Tsompa montre rapidement des signes de fatigue qui
se traduisent par de longues haltes tous les quarts d'heures et une grande
difficulté à escalader les passages les plus raides.
Les conséquences sont immédiates: nous nous refroidissons et
perdons un temps précieux (tout le monde sait qu'il ne fait pas bon traîner
au-dessus de 8000m). Tant et si bien que nous n'arrivons sur la crête qu'au
lever du jour (alors qu'à ce même moment, Ludo était déjà au sommet !!!!!)
Le spectacle est magnifique avec un soleil qui se lève sur
une mer de nuages que seuls les géants himalayens transpercent. Passée cette
stupeur enchanteresse, il est évident qu'il est impossible d'atteindre le
sommet dans les temps imposés si nous gardons ce rythme. Je propose donc à Tsompa de partir en avant vers le sommet, étant entendu qu'il me rejoint à
son rythme avec les réserves d'oxygène. J'ignore alors l'erreur et la gravité
de ce choix...
J'étais subjugué, transporté par le spectacle qui s'offrait à
moi: je me trouvais sur la crête avec les mythiques 3 ressauts et la pyramide
sommitale du toit du monde en face de moi ... un rêve éveillé ! J'augmentais
donc mon rythme en laissant mon Sherpa se reposer.
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Tout se passait pour le mieux; le soleil se levait et me
réchauffait, le vent glacial n'était pas trop violent, pourtant un phénomène
mineur devenait de plus handicapant: de la glace s'insinuait insidieusement à
l'intérieur de mon masque de vue, l'origine étant une obstruction par la glace
de la valve d'évacuation de l'air du masque à oxygène. Ne rien faire me ferait
perdre la vue par gel de la cornée, mais tenter de désobstruer la valve
m'obligeait à retirer mes moufles duvet et de ce fait y laisser des doigts. La
vue m'important plus que les doigts je choisis la seconde solution. Je
m'abritais derrière un rocher, retirais mes moufles puis mon masque en prenant
soin de ne pas couper l'arrivée d'oxygène. Stupeur ! De la valve d'évacuation
surgissait une véritable trompe de glace qui se soudait à la fermeture
éclair de ma combi-duvet. Je cassais la glace en prenant soins de ne pas
déchirer la combi mais cela ne suffit pas. Je dus libérer la valve à l'aide
d'une lame en passant entre les interstices du masque. Les autres valves qui
avaient gelé entre-temps durent également être décollées. Je réappliquais enfin
le masque, y appliquais de fortes inspirations et expirations pour évacuer le
restant de glace et constatais qu'il re-fonctionnait à merveille. La glace dans
le masque de vue avait disparu. J'en profitais pour me retourner et observer
l'état d'avancement de mon Sherpa: personne n'était en vue sur la crête, il
devait être en train de se reposer à l'abri d'un rocher... Par acquis de
conscience, je diminuais l'oxygène à 1l/min. Malgré les gants en polaire, mes
doigts me faisaient terriblement souffrir et ce fut avec un grand soulagement
que je pus les réchauffer dans les moufles duvet grâce aux chaufferettes (merci
Martine !!).
Je repartis de plus belle, surmotivé par le bon fonctionnement de
mon masque et la chaleur retrouvée de mes doigts qui échappaient aux gelures.
Je franchis aisément le premier ressaut et alors que je
progressais sur une vire friable que les crampons rendaient encore plus
dangereuse, je croisais Claude le jurassien qui faisait marche arrière. Il
m'expliqua brièvement qu'il avait eu un problème avec son masque, qu'il était à
présent aveugle et qu'il devait se débrouiller seul, son Sherpa lui ayant fait
faux-bond. Je tentais de le rassurer en lui racontant le cas similaire et la
guérison de Martine. Quelque peu soulagé, il continua sa descente à tâtons et je
progressais vers le second ressaut.
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Entre-temps, je tombais sur le Sherpa de Claude (le jurassien pas
le notre !) que je trouvais
avachi au Mushroom rock, en plein dilemme: Il m'expliqua qu'il était guide pour
les deux jurassiens, que l'un était aveugle et en train de descendre, et que
l'autre continuait vers le sommet. Et lui, entre les deux, ne savait qui suivre
!!! Je lui donnais mon avis sur le sujet et il s'empressa de prévenir Antoine
(le grimpeur) qu'il allait porter secours et descendre avec Claude.
Et à propos de Sherpa, je ne voyais toujours pas le mien et
commençais à m'inquiéter.
Je m'assurais à la corde fixe et continuais vers le deuxième
ressaut lorsque je découvris avec effroi que j'avais perdu mon crampon droit. Je
ne m'étais aperçu de rien, même pas de son absence de crissement sur la roche !
La panique m'envahit quelques instants: sans crampon, je ne pouvais ni monter la
pyramide sommitale, ni redescendre vers le camp 3. En gros j'étais condamné ! Je
retournais vers le mushroom rock dans l'espoir de le retrouver, scrutais le
ravin à ma gauche au cas où par miracle il serait resté accroché sur une vire...
mais rien, pas de trace de crampon. J'imaginais déjà la possibilité de me
fabriquer des crampons de fortune avec des restes de cordes lorsque je le vis,
posé en plein milieu de la vire: un véritable coup de chance ! Je le récupérais
fébrilement et rejoignais Mushroom rock pour le fixer efficacement.
Ainsi paré, je repartais à l'assaut du second ressaut. Toujours
pas de Sherpa en vue certes, mais il n'était que 8h. J'avais donc la possibilité
de progresser encore 2 heures avant de dépasser le point de non retour fixé par
Ludo à 10 heures.
Le second ressaut donc. Impressionnant ce ressaut, bien plus que
dans mes lectures. D'abord parce qu'il y a un cadavre juste à son pied ce qui
n'est pas très engageant. Ensuite parce qu'avant d'atteindre cette fameuse
échelle, il y a une portion technique rendue assez délicate du fait de
l'altitude et de la bouteille d'oxygène qui gêne les déplacements. Je me
retourne une dernière fois: toujours pas de Tsompa en vue. Tant pis, j'y vais !
Deux options s'offrent alors: une voie à gauche, sorte de
goulotte relativement raide, et une autre à droite, plus oblique et apparemment
plus facile d'accès. Étant absolument seul sur le passage, je choisissais celle
de droite. Celle-ci se franchit finalement relativement bien. L'échelle et sa
sortie ne posèrent pas davantage de problème.

Passage de rocailles, puis de neige lorsque soudain je reconnais
Claude et son Sherpa qui descendent du sommet et se dirigent vers moi.
Étant toujours sans Tsompa et presque à court d'oxygène, je les interpelle pour
savoir s'ils peuvent m'échanger ma bouteille contre une un peu moins vide. La
réponse du Sherpa est directe et sans appel: sans Sherpa et sans
oxygène, on fait immédiatement demi-tour !
Pensant toujours voir apparaître Tsompa d'une minute à l'autre,
je réponds au binôme sur un ton de plaisanterie que je vais faire une petite
balade du côté du sommet et continue mon chemin.
Je crois cependant de moins en moins en la fiabilité de mon
Sherpa et décide de passer mon oxygène à 0,5 l/min. Il me reste alors 30
bars.
La progression est rendue plus difficile du fait de l'autolimitation
de l'oxygène mais je me sens bien et la pyramide sommitale est là, juste devant
moi. Des haillons masquant un corps sur la droite me rappellent à l'ordre, et je
hâte le pas.
Petite anecdote amusante (du moins cela m'avait beaucoup amusé
sur le moment): sur la voie du troisième ressaut, je rencontre un homme
apparemment exténué assis dans la neige lorsque soudain un bruit
d'émission d'urine et de diarrhée émane de lui. Il vient de se lâcher sans
pouvoir se contrôler du fait de sa fatigue extrême et tout ce qu'il trouve à
dire en ce moment fort embarrassant est: "oh shit" !
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J'atteints le troisième ressaut sans encombre que je négocie par
la gauche pour rester au maximum dans la neige. Son franchissement est une
formalité et je me retrouve enfin face à la pyramide sommitale de l'Everest.
Mais le glas a sonné: il est 10 heures, l'heure du point de non
retour, l'heure à ne pas dépasser sous peine de mort. Et ce ne sont pas des
paroles en l'air car précisément un cadavre repose tête-bêche au-dessus du
ressaut, comme pour rappeler et confirmer cette loi irrévocable.
Ayant entendu parler de personnes ayant fait le sommet à midi, je
me fixais 12 heures comme heure butoir. Après tout, il me resterait 6 heures
pour redescendre ce qui était suffisant... Quel inconscient j'étais alors !
J'attaquais la pyramide. A 0,5 l/min d'oxygène (soit presque
rien) l'ascension était pénible, mais le sommet était là et me tendait ses bras
! En chemin je croise Manu, le Canadien qui descend du sommet et qui m'annonce
encore 1h de souffrance. Parfait, je suis "dans les temps".
Enfin, plus ou moins. La pyramide sommitale neigeuse est à peine
passée qu'un faux plat me dirige vers un petit chemin caillouteux qui part sur
la droite. Une fois n'est pas coutume la vire est étroite et délitée et les
crampons ne facilitent pas la stabilité. Mais les retirer est hors de question.
Les cordes fixes bifurquent soudainement sur la gauche et remontent sur de
grandes dalles jusqu'à un gros rocher. Serait-ce enfin la fin du calvaire ? Et
non, l'Everest n'en a pas fini avec nous. La classique corde violet et jaune est
remplacée par une corde orange qui remonte une longue pente de neige. Je n'en
peux plus et éprouve de grosses difficultés à respirer. Je pousse vers le sommet
mais non décidément, je m'épuise vite, trop vite... peut être à nouveau un
problème de masque. Je marque une pause pour constater avec effroi que ma
bouteille d'oxygène est vide. J'étais là, à peut être quelques mètres du
sommet, seul et sans oxygène: imaginez mon état d'esprit. D'abord une certaine
panique, rapidement de la colère (plus vis à vis de moi-même que par rapport à Tsompa qui n'avait pas fait son travail et me mettait dans une situation
périlleuse...), enfin, une pensée pour ma famille, Zoé ma compagne, mes parents
à qui j'avais fait la promesse de ne pas prendre de risque... Comment avais je
pu me mettre dans une telle situation ? L'attrait, l'obnubilation de ce sommet
que l'on aperçoit dès le début de la crête et qui nous attire en nous laissant
croire qu'il est toujours à portée de mains... Je m'étais fait piéger, comme
tant d'autres avant moi !
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Et ce n'était pas fini car l'Everest exerçait toujours son
pouvoir sur moi. Après tout, à part la fatigue extrême je me sentais bien, et
puis Ludo avait fait le sommet sans oxygène. En plus il était à peine midi, tout
était encore jouable. Je gardais mon masque pour me protéger du vent, accrochais
mon jumar à la corde et repartais vers ce sommet tant convoité. Les pas étaient
très lents, entrecoupés de longues respirations. L'effort est indescriptible.
Une première butte de passée, puis une seconde butte... Des minutes, des heures,
je ne sais plus, je n'ai plus la notion du temps, seul ce qui se trouve derrière
cette n-ième montée à de l'importance. Quand soudain, je l'aperçu. A une
cinquantaine de mètre de moi, se dressait une langue de neige entourée de
drapeaux à prières et sur laquelle se dressait majestueusement une statue dorée
de Bouddha protégée dans une espèce de tour, ainsi qu'un monticule de drapeaux à
prières. Un homme avec une combinaison orange et grise se tenait à ses pieds.
J'y étais, plus que quelques mètres et je me trouvais sur le toit
du monde.
Une tension brutale sur la corde m'indiqua que la personne
redescendait. Effectivement, quelques instants plus tard, il apparut, exténué,
titubant, suffocant, tombant tous les trois pas pour reprendre de l'air à quatre
pattes: il faisait le sommet sans oxygène et sans Sherpa. En le croisant je lui
demandais s'il voulait m'attendre pour que nous descendions ensemble, mais je
n'obtins aucune réponse de sa part. Il était complètement ailleurs et je ne suis
même pas sûr qu'il m'ait vu ou entendu. Il continua sa route en sauts de puce et
je me retournais vers le sommet. J'avais atteint la fameuse langue de neige. Les
deux cordes ne permettaient plus l'accès au sommet. Il fallu contourner la
langue par la droite pour joindre la rampe d'accès au sommet. De nombreux
détritus apparaissaient, planches, un marteau, des cordes ... et de vieilles
bouteilles d'oxygène !!! Je m'empressais de les tester pour en trouver une
contenant encore 4 bars. Inhaler à nouveau de l'oxygène, même à 0,5 l/min fut un
soulagement indescriptible: je revivais et étais à nouveau confiant pour la
suite des événements. Fort de cet oxygène, je franchis les derniers pas vers le
sommet et éclatais en sanglots au moment d'atteindre le Bouddha: bien sûr
l'accumulation des tensions, de la fatigue étaient sans doute pour une grande
part responsables de ce laisser-aller. Mais il y avait également les émotions,
les sentiments, les souvenirs... tout rejaillissait en l'espace de quelques
instants.
Et puis il y avait ce spectacle fantastique: j'étais absolument
seul sur le toit du monde, à admirer le formidable panorama qui s'offrait à moi.
J'avais devant les yeux toutes les voies d'accès de l'Everest, avec au loin une
mer de nuages ne laissant émerger que les géants himalayens. La rondeur de la
terre devient une évidence de là-haut.
Subjugué par ce spectacle rare, je voulu sortir mon appareil
photo pour immortaliser ces moments. Cela me fut impossible car la fermeture de
ma combi-duvet avait complètement gelé avec l'évacuation du masque. J'étais fou,
je tentais de passer par le col, par la braguette mais rien n'y fit, il y avait
bien 2 cm de glace qui soudaient la fermeture. J'étais vert de rage ! Les
conditions de ce sommet étaient sans doute optimales et donc rarissimes, elles
m'avaient été offertes pour je ne sais quelles raisons, et je me retrouvais là,
comme un c..., à en profiter seul en égoïste, sans pouvoir rapporter la moindre
image... Horrible sentiment de fatalité et d'impuissance. Je passais donc à
autre chose.

La météo était idéale (grand soleil, évolution stable, peu de
vent) et fort de l'oxygène, je décidais de pique-niquer à l'abris de la congère.
Il était 13 heures. Pique-niquer à 8840m, seul, face à la chaîne himalayenne,
par grand beau... vous imaginez ? Inoubliable !!!!
Après avoir mangé un gel power, un bounty et une pâte d'amande,
je voulu boire de ma solution survitaminée mais celle-ci avait complètement gelé
dans la thermos (j'apprendrai plus tard que cette thermos ne valait pas un sou
!). Et voilà, un problème de plus, la déshydratation. Celle-ci est déjà
tellement redoutée en altitude en conditions normales, j'avais gagné le jack-pot
!
13h30, le temps passe vite et il était grand temps de descendre.
Ceci fut confirmé par le fait que je commençais à avoir des hallucinations:
j'entendais un troupeau de yacks avec ses cloches, puis plus tard, un couple qui
discutait. Pourtant le niveau d'oxygène de la bouteille avait à peine bougé, tout allait bien.
Dernier tour d'horizon, dernier regard à Bouddha et je m'assurais
à la corde pour redescendre.
A part la fatigue et les jambes en coton, la portion de neige ne
posa pas de problème. Plus compliqué fut le passage de rocaille qui me prit
beaucoup de temps et d'attention. Et c'est non sans soulagement que je rejoins
la pyramide sommitale. Je retrouvais au bas de celle-ci l'homme du sommet,
suffocant à 4 pattes. Il se releva lorsqu'il m'aperçut et s'effondra à nouveau
quelques pas plus tard. Une fois rejoint je lui proposai de l'oxygène mais il
repoussa le masque sans mot dire. Je le laissais réaliser son exploit, sans
savoir qu'il n'irait jamais plus loin.
Je suis arrivé exténué au troisième ressaut, ce qui n'a pas
arrangé sa descente. Elle fut peu conventionnelle et je faillis à plusieurs
reprises glisser et tomber en avant tant mes jambes ne me soutenaient plus. Le
dernier tronçon se négocia en me laissant tomber dans la neige.
Un obstacle de passé. Je jetais un coup d'oeil en amont dans
l'espoir d'apercevoir le summiter... mais il n'y avait aucun signe de présence
de sa part.
La portion jusqu'au second ressaut se solda par plusieurs chute
du fait de la faiblesse de mes jambes.
Il était hors de question dans ces conditions de franchir ce
ressaut de façon traditionnelle: je décidais donc de le descendre en rappel avec
le 8 que j'avais pris soin d'emporter. Mais du coup, l'échelle et les relais
furent plus des obstacles qu'autre chose et leur passage relativement délicat et
fatigant. Ce d'autant plus qu'au bas de l'échelle, alors qu'il restait encore
toute la partie rocheuse à désescalader, une désagréable sensation m'envahit. Ce
sentiment d'être soudainement débranché, de n'avoir plus de force, de suffoquer
... je n'avais à nouveau plus d'oxygène et ce précisément dans un passage
difficile. Bis repetita, je redoublais de vigilance et continuais doucement ma
descente en me servant autant des bras, des jambes, des épaules, des fesses ...
bref, tout ce qui pouvait servir était la bienvenue, et tant pis pour
l'esthétique !
J'atteins la vire avec un grand soulagement et repris enfin mon
souffle. A mon sens le plus dur était fait et je savais qu'il restait des
bouteilles entamées d'oxygène au Mushroom rock, à quelques mètres de là: il n'y
avait donc pas trop de soucis à se faire.
L'absence d'oxygène étant exténuant (comment as tu fait Ludo ?),
je me suis empressé de quitter le ressaut pour rejoindre la vire. Et c'est là
que j'ai commis une terrible erreur: dans mon élan j'ai omis de m'assurer,
pensant que le seul fait de tenir la corde serait suffisant. Les conséquences de
cet acte ne se firent pas attendre, mes crampons glissèrent sur une dalle
friable et je dévalais la paroi. Rincé par l'effort et le manque d'oxygène, je
ne pus absolument pas me retenir et roulais vers le vide. C'est in extremis que
mes mains agrippèrent une proéminence rocheuse suffisamment solide pour retenir
ma chute. In extremis est un faible mot car le vide se trouvait un petit mètre
plus bas ! Un vrai miracle !
Il me fallu de longues minutes pour reprendre mon souffle et me
décider à bouger. Et c'est les jambes tremblantes et le souffle court que je
rejoignis la vire à tâtons. Mon premier geste fut de m'assurer, puis de faire un
rapide bilan: rien de cassé, pas de douleur particulière, moufles et combi
légèrement déchirées mais rien de bien méchant. J'ai vraiment une bonne étoile !
Après un long repos, je me suis lentement dirigé vers Mushroom
rock.
Comme prévu mais non sans un gros soulagement, j'y ai trouvé une
bouteille d'oxygène contenant encore 5 bars. Je l'ai échangée avec la bouteille
du sommet, l'ai calée à côté de ma bouteille du départ et l'ai réglée à 1 l/min.
Sans perdre plus de temps et à nouveau boosté par l'oxygène, j'ai
poursuivi mon chemin en prenant soin de bien m'assurer.
Le premier ressaut se franchit de la même façon que le second
avec le descendeur et toutes les parties de mon corps qui pouvaient encore
donner un coup de main. Je remettais enfin les pieds sur la crête, le plus dur
était fait. Je me retournais pour chercher des yeux le summiter mais n'aperçus
aucun signe de vie.
Je descendis la crête en titubant, manquant à plusieurs reprises
de tomber tant j'étais faible, mais la vue du camp3 en contrebas me donnait
courage. Même s'il était fortement déconseillé de dormir au-dessus de 8000m, le
fait de rejoindre mon Sherpa au camp 3, de me réhydrater avec le thé qu'il
m'aura préparé, de me réchauffer dans mon sac de couchage à l'abri d'une tente,
de me reposer avec la bouteille d'oxygène qu'il m'avait préparé et surtout de
retrouver la présence de quelqu'un devrait me sauver la mise.
Et puis ce fut la surprise, tel un cadeau d'anniversaire. Au bas
de la crête, en amont du camp 3, une bouteille d'oxygène pleine avait été
laissée à mon attention. Elle trônait là, en plein milieu du passage avec mon
prénom et expés.com écrit dessus.
Brave Tsompa, c'était effectivement un beau cadeau qu'il me
faisait là. Une fois remplacée, je plaçais le débit à 2 l/min et me gorgeais
d'oxygène. J'étais bien, merveilleusement bien. Il était environ 18h, j'avais
vécu une journée extraordinaire et me considérais comme hors de danger.
Le soleil se couchait. Spectacle magique avec les vallées qui
sombrent dans l'ombre alors que les sommets s'embrasent. Je m'asseyais pour
profiter de ce moment que je ne revivrai jamais plus: camp1 qui s'éteint, puis
le 2, au tour du troisième... Seules à présent la crête et la pyramide sommitale
de l'Everest sont éclairées, le restant de l'Himalaya est dans la nuit et je
fais parti de ce tableau, je suis encore dans cette lumière: c'est une sensation
merveilleuse, ineffable.
Mais avec la chute du jour, chutent les températures et le froid
me rappelle à l'ordre. Je vérifie mon masque, change mes chaufferettes des gants
et entame la descente. Malgré le débit en oxygène, la descente est raide et mes
jambes hurlent au martyr. Et la nuit tombe vite ! Je tente un raccourci par un
névé soldé immédiatement par une chute, une glissade et une grosse frayeur qui
me rappellent à l'ordre. Je perds encore plus de temps à retrouver les cordes
fixes: échec total ! Je mets fin à ces essais et redescends par la voie
classique. Le camp 3 commence à disparaître dans la nuit. Il ne me reste plus
qu'une barre rocheuse à descendre pour l'atteindre et un névé à traverser.
J'allume ma frontale et me rends immédiatement compte qu'elle
éclaire bien moins lorsqu'il n'y a pas de guide devant soi !
Barre rocheuse et névé sont enfin franchis, il fait nuit noire.
Je me retourne une dernière fois vers l'Everest, tente d'apercevoir la frontale
du summiter ... rien !

Rien devant non plus ! Pas de camp ! J'ai beau suivre les cordes
fixes censées traverser le camp: pas de camp !
Il me semble apercevoir des emplacements de tente, mais je n'en
suis pas certain. Ai-je rêvé ? Est-il plus bas ? Ont-ils tous quitté le camp ?
Pourtant je les avais vues de là-haut, ces tentes !
La frontale éclaire mal et le sol est instable. Je chute très
régulièrement.
Et soudain apparaissent devant moi un petit groupe de 6 tentes
éclairées par quelques frontales. Je n'en peux plus et me laisse tomber en
arrière dans les gravillons. Je hurle le nom de mon Sherpa, je hurle le nom de
mes compagnons... rien en retour. Ils sont sans doute descendus dans les camps
inférieurs. Mais Tsompa lui, doit m'attendre dans une des tentes. J'appelle à
nouveau... toujours rien si ce n'est quelques frontales curieuses qui obliquent
furtivement dans ma direction.
Je me remets tant bien mal sur mes jambes, me dirige vers un
groupe de deux tentes sur la gauche et reconnais celles de Claude et J-Marc.
Mais elles sont à présent occupées par un autre groupe qui ne peut me recevoir.
En désespoir de cause, je me dirige vers la tente dans laquelle j'avais dormi
avec Steph et Tsompa la veille. Elle était elle aussi occupée ! Un groupe de
Sherpas qui devaient faire l'ascension dans la nuit s'y reposaient et y
faisaient de l'eau. Avec toute la gentillesse et la bonne humeur qui font leur
réputation, ils m'invitèrent à me réchauffer dans la tente, à boire l'eau qu'ils
avaient préparée et à prendre leur place dans la tente pour y passer la nuit,
prétextant qu'ils la quittaient de toutes façons dans une demi-heure pour leur
ascension.
Il était alors 20h30. J'étais gelé, exténué et n'avais qu'une
idée en tête: me coucher et dormir.
Je me forçais cependant à boire alors qu'un Sherpa me retirait
les crampons et me dirigeait dans la tente. Je leur résumais mon histoire et
insistais sur le fait qu'il devait rester quelqu'un en altitude, sans doute aux
alentours du troisième ressaut. Avec de la chance, ils le retrouveraient encore
en vie ...
Les Sherpas furent très surpris par mon histoire: passer 22h
au-dessus de 8300m doit être assez inhabituel, et ce n'était pas fini, il
restait une nuit à passer ce qui n'était pas gagné d'avance ! Ils tentèrent de
joindre les camps inférieurs par radio pour les tenir informés de la situation,
mais apparemment la communication ne passa pas.
21h, les Sherpas quittèrent la tente dans le froid glacial de la
nuit. Ils me souhaitèrent bonne chance et disparurent.
Je me retrouvais à nouveau seul, livré à moi-même. Je fis à
nouveau fondre de la glace et retirais mes chaussures. Un rapide tour d'horizon
de la tente me fit découvrir quelques sachets de thé et du sucre qui
agrémenteront mon eau. Autre découverte, et de taille: le duvet que Christian
m'avait laissé. Ah Cricri, tu m'as sauvé la mise ce soir là ! En revanche, ma
bouteille d'oxygène avait disparu.
Je fermais complètement la tente, me glissais avec la combi dans
le duvet (la fermeture était toujours gelée et de toutes façon j'étais bien trop
fatigué et frigorifié pour tenter quoi que ce soit) et tentais de me réchauffer
par des frictions. Je me forçais à finir le thé sucré, réglais le débit
d'oxygène sur 0,5 l/min, me blottissais dans le duvet en gardant chaussons et
moufles duvet, et sombrais immédiatement dans le sommeil.
Je me réveillais sur les coups de 7h: j'étais en vie. Groggy mais
en vie. Je vidais mon masque de l'eau de condensation accumulée et commençais
avec crainte un check-up rapide: doigts... ok, pieds... ok, visage... ok. Je
peux bouger, me relever, c'est fantastique ! Et en plus, il restait 4 bars dans
la bouteille ...
Je retournais immédiatement me blottir dans le duvet en attendant
que les premiers rayons de soleil n'atteignent et ne réchauffent la tente.
Quel bonheur cette chaleur !
J'ouvris l'abside pour allumer le réchaud et faire de l'eau mais
j'avais donné mon briquet à Tsompa. Voyant passer quelqu'un devant la tente, je
lui demandais de me dépanner. Alex, un Canadien me donna un briquet et me
demanda pourquoi je me me retrouvais seul dans cette tente. Je lui racontais ma
piteuse arrivée de la veille. Il s'empressa de me questionner sur la possibilité
d'une personne restée en altitude et s'effondra lorsque je lui rapportais ce que
j'avais vu. Il savait que son ami, Frank, était condamné.
Il retourna à sa tente et je fis une grande casserole de thé
sucré.
Une fois ragaillardi par la chaleur de la tente et le thé, je
préparais mes affaires pour descendre au camp 2 et faisais un peu d'ordre dans
la tente pour accueillir les Sherpas.
Je proposais à Alex que nous descendions ensemble: bien qu'il fut
en bien meilleure forme que moi, il semblait très atteint par la disparition de
son ami. Affairé dans sa tente, il me répondit qu'il me rejoindrait d'ici une
petite demi-heure.
Je repris donc le chemin, seul, avec les deux bouteilles, mes
affaires et le duvet dans le sac.
La reprise fut plus difficile que prévue, et je constatais
rapidement que je n'étais pas aussi en forme que je l'avais espéré. J'adoptais
un rythme lent, avec des pauses régulières. Au bout d'une demi-heure, un Sherpa
me dépassa comme une fusée. J'enviais la physiologie de ces hommes d'altitude.
La descente s'effectuait lentement mais sûrement et finalement peu d'obstacles
se révélaient sur le parcours. De plus, le soleil était au beau fixe avec un
vent modéré. Demeurait cette terrible fatigue qui me laissait les jambes en
coton.
Malgré cet handicap, je me rapprochais progressivement d'un autre
grimpeur qui semblait plus en difficulté que moi. Je le rattrapais juste au
dessus du camp 2 alors qu'il s'était effondré au sol d'épuisement et restait
prostré en sanglotant. Il s'agissait d'Anna, une Polonaise qui avait fait le
sommet la veille. Elle avait également perdu la vue dans la descente et son
Sherpa l'avait laissé en plan. Amie d'Alex et de Frank (ils faisaient partie du
même groupe), elle avait été fortement ébranlée par sa disparition, ce d'autant
plus qu'ils avaient perdu un membre de leur groupe trois jours auparavant d'une
crise cardiaque au camp 1: cela faisait beaucoup ! Pour couronner le tout, un
vent d'une rare violence s'était levé et balayait le col nord et le camp 2. Je
rassurais Anna, la redressais et lui proposais de l'aider jusqu'à ce qu'elle
soit en sécurité. Je réadaptais son masque à oxygène, le réglais sur 2 l/min et
nous prîmes la route, tout comme François l'avait fait la veille pour Martine.
Anna m'a demandé mon bâton et je la guidais pas à pas dans la descente qui
menait au camp 2, lui indiquant les passages à emprunter et la façon de les
négocier. En fait de négociation, Anna glissait en général sur les fesses dans
les passages délicats, ce qui était bien plus rapide et efficace que tout autre
technique. Elle fit preuve d'un sacré courage !

C'est un spectacle de désolation qui nous attendait au camp 2.
L'ensemble des tentes du camp supérieur avaient été littéralement arrachées. Il
ne restait rien des dizaines de tentes si ce n'est quelques lambeaux de tissus
et baguettes éparpillés ça et là. Le vent soufflait de plus belle et rendait la
progression encore plus pénible. Par chance, la tente d'Anna se situait près des
nôtres, dans la partie basse du camp qui avait été pour l'instant épargnée. En
atteignant les dernières tentes (les seules existantes en fait), je reconnu le
Sherpa de Martine, Gyalze qui accouru en nous voyant. Il se jeta dans mes bras et
je savais cette joie sincère. Je lui présentais le cas d'Anna et il comprit
immédiatement de quoi il en retournait. Après avoir prévenu les camps inférieurs
de la situation par radio, il prit les choses en main de façon très
professionnelle et je tentais de l'aider en me laissant guider par ses
directives: contrôle de l'oxygène et mise en place du baudrier ainsi que des
sécurités pour une évacuation immédiate vers le camp 1. Mais le vent était
beaucoup trop violent et il devenait dangereux de descendre la longue langue de
neige. Gyalze prit la sage décision d'attendre que la tempête se calme. Je
retirais les crampons d'Anna et l'installais seule dans une de nos tentes (elle
souhaitait rester seule ce que je pouvais comprendre après tous ces événements).
Entre temps sont arrivés un Polonais et un couple de grimpeurs que nous avons
préparés et installés à leur tour dans notre troisième tente. Mais je n'avais
toujours pas de nouvelle d'Alex. Il était pourtant en pleine forme, avait-il
décidé de rester davantage au camp 3 en espérant le retour de Frank ? Avait-il
été surpris par la tempête ?
Le devoir accompli, Gyalze et moi avons rejoint la première tente
pour échapper à la violence des éléments. C'était incroyable, par moment la
tente semblait littéralement se décoller du sol et il nous fallait nous
accrocher aux parois pour éviter qu'elle ne se déchire. Loin d'être un moment
dramatique, ce fut au contraire l'occasion de discussions et de franches
rigolades avec Gyalze. Quel sacré gaillard, le genre de personne sur laquelle
vous pouvez avoir une confiance aveugle ! Je l'admire ....
Soudain nous rejoint un second Sherpa, Tsompa !
Il était redescendu au camp 2 sans se soucier de mon état là-haut
! Le voyant extrêmement gêné de me voir et ayant franchement d'autres problèmes
à gérer pour le moment, je lui glissais simplement que son comportement aurait
pu m'être fatal. Il s'enferma dans un mutisme et alla préparer de l'eau. Gyalze
trouva des morceaux de jambon que nous nous sommes partagés: un festin pour les
papilles.
Alors que nous nous hydrations, apparu un groupe de personnes
venant du camp 1. Ils avaient défié la tempête pour venir à notre aide. Ainsi
Manuel le Canadien était revenu porter secours à Anna, et Tchembe, le Sherpa de
Christian était venu pour moi: il n'allait plus me quitter d'une semelle jusqu'à
l'ABC. Encore un modèle de courage et de professionnalisme !!!
En pénétrant dans la tente, il me serra à son tour dans les bras,
puis il s'écarta de moi, me fixa, posa son poing sur son coeur puis sur le mien
en répétant "toi Sherpa". Gyalze riait en voyant la scène.
Suite à l'arrivée du groupe de secours, Gyalze décida que nous
pouvions descendre au camp 1.
Je suis allé annoncer la nouvelle à Anna, mais Manuel préféra la
transférer dans leur tente et attendre encore de façon à lui donner les premiers
soins (ils avaient une pharmacie) et à la requinquer avant la descente.
Gyalze m'ayant soulagé du duvet et d'une bouteille, je pris le
restant du paquetage et entama la longue descente du camp 2 au camp 1. Tchembe
m'assurait à la longe. Très rapidement, je réalisai que ça n'allait pas être une
partie de plaisir: d'abord il y avait toujours ce terrible vent mélangé à la
neige qui cinglait le visage et nous écrasait contre la corde fixe. Ensuite il y
avait cette fatigue qui me persécutait et m'empêchait de faire plus de dix pas
d'affilé. J'essayais alors diverses techniques peu orthodoxes: glissades sur les
fesses, le ventre ... mais ce n'était pas vraiment efficace. Je proposais alors
à Tchembe de faire une halte assise à chaque relais. Cela lui convint. Nous
descendîmes donc la langue de neige balayée par le vent en procédant étape par
étape et ceci fut payant.
Il devait être 14h lorsque nous avons quitté le camp 2, et peut
être 16h lorsque nous avons atteint le camps 1...
Un comité d'accueil nous attendait à l'entrée du camp avec une
radio: ils comptabilisaient les personnes qui étaient descendues des camps
supérieurs. Ils m'interrogèrent sur ce que je savais de la situation des camps
et leur confirmais la perdition de Frank, l'incertitude concernant Alex, le
sauvetage d'Anna, du Polonais et du couple de grimpeurs.
Après un court repos au camp 1 durant lequel Tchembe s'est chargé
en matériel (nos tentes avaient été démontées), nous avons repris la descente en
binôme vers l'ABC. Le terrain m'était à présent familier et j'évoluais beaucoup
plus facilement: échelle sur crevasse, escalier de neige, longue traversée,
plat, contournement de crevasse, et directe ... Bon, nous pratiquions toujours
la technique du "halte relais", mais cette descente sentait le retour à la
maison, les retrouvailles avec les amis ! Derniers pas sur le glacier, derniers
regards vers cette imposante paroi de glace, retrait des crampons et du baudrier
et dernière marche sur la rocaille vers l'ABC. Je me sens bien, étonnamment
bien. Nous discutons et plaisantons avec Tchembe (nous voyons même un animal
imaginaire évoluer à toute vitesse sur le glacier et il nous faut 5 bonnes
minutes pour réaliser qu'il s'agit d'un plastique mû par le vent: fou rire).
Nous nous surprenons même à dépasser un autre binôme ...
Et puis enfin, le "village" apparaît devant nous. Nous traversons
ce qui reste du camp chinois déserté depuis quelques jours et rejoignons notre
chère tente rouge.
Gyalzen (notre cook) me tombe dans les bras. Puis surgissent
Christian, Steph qui m'accueillent chaleureusement et me pressent dans la tente
pour que je leur raconte mes péripéties... ils n'ont appris que ce matin que je
faisais toujours partie de l'équipe !
C'est la fin de l'histoire de "mon" sommet. Anna est redescendue
le soir même à l'ABC et a recouvré la vue en 3 jours. Alex est également
redescendu le même jour, il avait effectivement retardé son départ dans l'espoir
de revoir Frank. Tous les autres grimpeurs en détresse ont rejoint l'ABC sains
et saufs à quelques gelures près. Frank a été retrouvé mort le lendemain au
dessus du troisième ressaut. Il avait quatre 8000 sans Sherpa ni oxygène à son
actif...
J'ai eu de la chance ce jour là, terriblement de chance ....